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Le plateau antivarroas
un outil merveilleux dans une stratégie de lutte intégrée mais attention! par Jean-Pierre Chapleau (chapleau@interlinx.qc.ca)
Au cours des saisons apicoles 2000 et 2001 un projet visant à mettre à l'essai le plateau antivarroas dans le contexte de la production apicole québécoise a été réalisé par la ferme apicole "Les Reines Chapleau" située dans la région de l'Estrie. Ce projet a reçu un appui financier dans le cadre du programme "Appui au développement de l'agriculture et de l'agroalimentaire en région 2000-2003" du Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (Direction régionale de l'Estrie). L'objectif du projet étaient de vérifier la pertinence d'utiliser le plateau antivarroas dans la perspective d'une stratégie de lutte intégrée contre la varroase. Contexte Les apiculteurs québécois font face à la varroase, une parasitose qui infeste présentement la grande majorité des ruches du Québec. Pour ne pas perdre leurs colonies les apiculteurs doivent leur appliquer des traitements. Il existe au Canada deux produits acaricides homologués. Le premier est l'acide formique. Ce produit est dangereux à manipuler.
Hypothèses de départ et description du plateau antivarroas L'hypothèse générale de départ était qu'un type particulier de plateau de ruche, connu comme "plateau antivarroas" pourrait ralentir la progression des populations de varroas dans les ruches et ce, sans intervention aucune de la part de l'apiculteur. Voici comment agit le plateau antivarroas. Une partie importante (20% environ) des varroas qui parasitent une colonie se trouvent agrippés à des abeilles adultes. Plusieurs de ces varroas, pour des raisons diverses, perdent prise et chutent sur le plateau des ruches. Ce sont souvent les abeilles elles-mêmes qui les délogent, par leurs activités d'épouillage.
La seconde hypothèse était que ce plateau devrait permettre facilement d'estimer l'importance de la mortalité (naturelle ou provoquée par un acaricide) des varroas d'une colonie. Ces comptes peuvent être utilisés comme un indice du niveau de contamination global de la ruche car les deux données sont en relation. Le plateau que nous avons utilisé est en fait équipé d'un tiroir amovible s'insérant sous l'ouverture grillagée du plancher. Un carton ou un "corroplast" blanc simplement enduit de gras végétal peut y être déposé pour retenir les varroas. Le plateau antivarroas constituerait ainsi un outil de suivi permanent en ce qui regarde la situation de la varroase dans un rucher.
Méthode Je n'expliquerai pas la méthode détaillée utilisée pour faire les évaluations. Mentionnons seulement que 234 colonies ont participé aux évaluations en 2001 et 184 en 2000. En 2001 les colonies en test étaient réparties en trois groupes (groupe large, groupe YBO et groupe ATH) correspondant à des conditions d'expérimentation légèrement différentes. Ceux qui désirent en savoir davantage sur le dispositif expérimental consulteront le rapport complet des essais sur l'Internet (fichier PDF). Résultats et discussion
Le principe du plateau AV repose sur l'hypothèse qu'une partie des varroas qui chutent naturellement des abeilles adultes sont vivants. Nous avons voulu vérifier chez nous la validité de cette hypothèse. À partir d'un échantillonnage en mortalité naturelle de 6 ruches durant 24 heures, nous avons pu constater que 16% des varroas qui chutent étaient vivants (figure 2). C. Webster(4) a évalué pour sa part que ces pourcentages variaient plutôt de 39 à 50%. Bien que la proportion des varroas vivants semble varier selon les conditions, la confirmation qu'une partie des varroas qui chutent sont toujours vivants valide le principe d'action même du plateau AV et explique les résultats positifs obtenus dans l'ensemble lors des essais de 2001. Le plateau antivarroas ralentit-il l'infestation?
Voici les résultats dans leurs grandes lignes. Utilisé à fond fermé, le plateau a permis de ralentir de 37% en
moyenne la population de varroas des colonies au cours de la saison 2001. Le résultat d'ensemble obtenu est
toutefois non statistiquement significatif. Ces résultats renforcent néanmoins ceux obtenus de deux autres études
récentes (1,2) réalisées aux États-Unis, mais qui ont aussi été non significatives. Soulignons aussi que pour
certains sous-groupes de ruches à l'intérieur du grand échantillon où les conditions d'expérimentation ont été
plus homogènes, on a pu obtenir des résultats statistiquement significatifs (66% de réduction de l'infestation
pour le rucher MAI en 2000 et 35% de réduction pour le rucher YBO en 2001). Le rendement du plateau a été variable
selon les ruchers et il est possible que certains facteurs environnementaux puissent moduler son efficacité. Des
recherches seraient nécessaires pour mieux comprendre ces variations.Influence du facteur thermique sur la performance du plateau antivarroas Il ne faut absolument pas utiliser le plateau antivarroas avec son fond ouvert car l'abaissement de la température du nid à couvain qui en découle crée des conditions optimales pour le développement du varroa. Comme nous avons pu le vérifier en 2000 cette manière d'utiliser le plateau a non seulement annulé son effet bénéfique mais a résulté en des taux d'infestation nettement majorés (29,2% plus de varroas, non significatif) par rapport au groupe témoin. On
D'autre part on trouve également dans la littérature scientifique récente que le rythme de la chute naturelle des varroas est influencé par la température. Thomas C. Webster(4) (2000) a trouvé que cette chute est moyennement corrélée à la température extérieure journalière. J. T. Ambrose(13) a aussi trouvé (2001) que lorsque des abeilles adultes infestées étaient exposées à des températures variables en condition de laboratoire, les pourcentages des varroas qui chutaient des abeilles s'accroissaient avec l'élévation de la température ambiante. Ici encore on en déduit qu'il ne faut pas abaisser la température de la chambre à couvain. Le plateau antivarroas augmenterait semble-t-il l'efficacité d'un traitement acaricide Le plateau antivarroas paraît également augmenter l'efficacité des traitements acaricides et pourrait ralentir le développement de la résistance du varroa aux produits de traitement. Tel qu'utilisé en 2001 le plateau antivarroas a donné une réduction de 37% en moyenne des populations de varroas. Cet impact est nettement plus marqué que ceux constatés par Pettis et Shimanuki(1) en 1999 et par Ellis(2) en 2000 aux États-Unis. Ces derniers ont tous deux
constaté une réduction de 15% de l'infestation. (Il faut souligner que leurs résultats n'ont pas été statistiquement
significatifs.) L'impact supérieur obtenu dans notre cas pourrait s'expliquer par le fait qu'un traitement partiel
au fluvalinate (durée de trois semaines) a été appliqué à toutes les colonies (groupe AV et groupe témoin) durant
la période des essais. Les plateaux antivarroas ont probablement permis de tirer une meilleure efficacité de ce
traitement partiel. Une proportion très importante des varroas qui tombent suite à l'introduction de lanières
d'Apistanâ dans les ruches sont en fait vivants et risquent, avec un plateau conventionnel, de réintégrer la colonie
avant d'être éventuellement tués ou délogés à nouveau. Nous avons en effet observé en comptant les varroas tombés
sur les cartons d'échantillonnage de 2 ruches immédiatement après un dépistage de 24 heures à l'Apistanâ, que
respectivement 40% et 49% (moyenne de 44%) des varroas tombés étaient vivants (figure 2). Webster(4) a observé pour
sa part que 60% des varroas tombant suite à une exposition au fluvalinate étaient vivants. Tous ces varroas vivants
sont éliminés d'office par le plateau antivarroas dès leur première chute, ce qui pourrait en effet rendre un
traitement acaricide plus efficace en présence du plateau antivarroas, à tout le moins un traitement de durée
incomplète.Le plateau antivarroas facilite le dépistage Le plateau antivarroas facilite énormément les opérations de dépistage du varroa dans les colonies car il se prête facilement à l'insertion d'un tiroir d'échantillonnage sous son fond. Il n'est plus nécessaire de recouvrir le carton d'échantillonnage d'un grillage pour le protéger des abeilles. Il n'est plus nécessaire non plus de déranger les abeilles ou d'ouvrir la ruche pour insérer de force le carton d'échantillonnage dans un espace étroit le plus souvent obstrué par des ponts de cire durcie et par la présence de dizaines sinon de centaines d'abeilles. En plus du dépistage conventionnel réalisé à l'aide d'un acaricide, le plateau antivarroas rend possible des dépistages basés uniquement sur la mortalité naturelle des acariens. Avec le plateau antivarroas le dépistage en mortalité naturelle peut même être réalisé sur une période allant jusqu'à une semaine, permettant ainsi une meilleure sensibilité. Ce type de dépistage a l'avantage de pouvoir être effectué même en pleine miellée alors que des acaricides ne peuvent être utilisés. Autres aspects Deux études ont rapporté une augmentation significative de la surface de couvain de la ruche lorsque le plateau antivarroas était utilisé (Pettis & Shimanuki (1), Ellis, Delaplane & Hood(2)). Nous n'avons toutefois pas pu mesurer ce paramètre dans le cadre de nos essais. Nous n'avons pas constaté d'effets négatifs au plateau antivarroas pourvu qu'il soit utilisé le fond fermé durant la saison apicole. Il faut toutefois noter que le tiroir d'échantillonnage doit être vidé environ une fois par mois afin d'éviter la trop grande accumulation de débris de ruche favorable à l'implantation de la teigne. Conclusion et perspectives L'usage du plateau antivarroas est un moyen facile, économique, durable et propre pour combattre le varroa. Il permettra de réduire sinon d'éliminer la dépendance aux traitements chimiques. Il constitue à notre avis un outil indispensable dans une stratégie de lutte intégrée non seulement parce qu'il contribue à ralentir l'infestation
La plateau antivarroas met en valeur le comportement naturel d'épouillage de l'abeille ("grooming behaviour"). Ce comportement pourra d'ailleurs être développé davantage par sélection. Le plateau antivarroas présente aussi des perspectives intéressantes pour le développement de moyens de contrôle qui consisteraient tout simplement à provoquer la chute des varroas qui se trouvent sur les abeilles adultes.
références
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