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Le remérage des colonies
Une méthode d'introduction fiable (révision avril 2000) Dans la dernière parution de l'Abeille j'ai décrit les nombreux problèmes qui peuvent survenir lors du remérage des colonies. Je voudrais présenter maintenant une méthode d'introduction qui garantit une bonne acceptation et qui est virtuellement sans risque. Cette méthode n'est pas parfaite. --Après tout existe-t-il beaucoup de choses parfaites en ce bas monde ?-- Je pense néanmoins qu'elle peut avantageusement s'intégrer votre gestion de rucher et contribuer à augmenter le plaisir et la rentabilité d'élever des abeilles. Je commencerai par parler des principales conditions qui influent sur le succès de l'introduction d'une reine pour ensuite décrire, étape par étape, la méthode que je préconise. Je terminerai par une analyse de cette méthode. Quels sont les facteurs déterminants pour le succès de l'introduction ? Qu'est-ce qui fait donc qu'une reine est acceptée ou refusée ? Dans bien des domaines de connaissance l'humanité ne progresse qu'à tâtons. C'est le cas pour le sujet qui nous intéresse présentement. De notre statut d'humains dotés d'une pensée cartésienne, nous ne comprenons pas vraiment les mécanismes en cause, mécanismes qui relèvent d'une logique propre au monde des abeilles. Cependant, la répétition des expériences et l'observation nous ont permis de faire certains constats. On a pu identifier des circonstances favorables ou défavorables ainsi que des choses à faire et à ne pas faire. Ainsi l'observation nous a enseigné que les facteurs suivants influent sur le succès de l'introduction d'une nouvelle reine dans une colonie: ° la présence ou non d'une reine dans la colonie ° la force de la colonie ° l'état et la qualité de la reine ° la présence et la qualité de la stimulation naturelle ° l'âge des abeilles ° la longueur de la période d'acclimatation de la nouvelle reine à sa colonie d'accueil Ces facteurs n'ont pas tous la même importance. S'il y a déjà une reine dans la colonie, en introduire une autre est carrément impossible. À part cet incontournable, la force de la colonie est certainement le facteur ayant le plus d'impact. Je dirais que l'état de la reine vient ensuite, puis la stimulation naturelle. Je vous renvoie à la première partie de cet article pour une discussion plus poussée de ces deux derniers facteurs. L'âge des abeilles n'est pas un facteur à négliger. Plus il y a de jeunes abeilles et moins il y de vieilles butineuses, plus l'introduction est facile. Mettons de côté les questions d'orphelinage et d'acclimatation préalables ainsi que la question de la qualité des reines. Sur quels facteurs devrait alors faire reposer une méthode d'introduction fiable? Certainement pas sur la stimulation naturelle qui est un facteur d'importance relative et en partie imprévisible. La méthode dont je vais vous parler mise sur la taille de la colonie, le facteur d'acceptation le plus important, ainsi que sur l'âge de ses abeilles. Ce sont deux facteurs sur lesquels vous avez un parfait contrôle. Ça vous paraît logique? Description de la méthode En deux mots, la méthode consiste à faire, à partir de la colonie à remérer, une autre colonie temporaire et de taille restreinte constituée essentiellement de jeunes abeilles. Cette petite colonie a pour seule fin l'introduction sécuritaire de la nouvelle reine. Sitôt chose faite, elle sera réintégrée à sa colonie d'origine par réunion. Il y a donc deux étapes. Champs d'application Cette méthode vise principalement le remérage des colonies adultes en dehors des périodes de grande miellée. La pratiquer en miellée aurait pour effet de réduire la récolte puisqu'elle implique la division des colonies. Pour ce qui est du remérage des colonies de faible taille, elle n'est tout simplement pas nécessaire. L'introduction directe fonctionne très bien dans les nucléi nouvellement formés. Elle fonctionne aussi à merveille dans les colonies en développement le printemps. Ces colonies ont une faible population et regorgent de jeunes abeilles. On bénéficie la plupart du temps d'une bonne stimulation naturelle en cette période de l'année. La méthode peut convenir autant aux apiculteurs professionnels qu'aux amateurs. Matériel requis Cette méthode peut être pratiquée sans aucun matériel spécial. Il est cependant commode d'avoir une planche séparatrice dotée d'une petite entrée pour chaque colonie qu'on veut remérer. Un entre-couvercle dont le rebord est muni d'une encoche d'environ 0,6 cm sur 7-8 cm convient parfaitement (le genre d'entre-couvercle qu'on utilise souvent pour l'hivernage extérieur). Une planche Snelgrove fait aussi l'affaire. Cette pièce d'équipement va être utilisée pour séparer la petite colonie d'introduction du reste de la colonie d'origine. Elle ne doit pas permettre le mouvement des abeilles entre les deux parties de la ruche divisée, sinon les abeilles de la colonie d'introduction ne se sentiront pas orphelines et n'accepteront par conséquent jamais une nouvelle reine. Très important. Voici la procédure détaillée. 1ere étape : la formation du nucléus d'introduction et l'introduction de la nouvelle reine Pour chaque ruche, il suffit de constituer un nucléus d'introduction en prélevant deux ou trois cadres de couvain et au moins quelques rayons de provisions qu'on place dans la hausse vide avec les abeilles adhérentes. On prend garde de ne pas placer la reine dans le nouveau nucléus. On transfère des cadres vides ou de provisions venant des deux chambres à couvain pour combler l'espace vide de la hausse du nucléus. Tout le reste du couvain de la colonie d'origine se retrouvera donc dans une seule hausse. Il faut s'assurer qu'il restera un peu de réserves à la colonie principale. Ceci est particulièrement important en période de disette. On rebâtit maintenant la ruche. La chambre à couvain restante sur le plateau, le garde-reine (si on en utilise un), les hausses à miel, puis la planche de séparation (avec son entrée vers l'avant et le haut) et enfin la hausse du nucléus qu'on vient de préparer (anciennement la seconde chambre à couvain). Si on n'a pas de planches de séparation, on peut tout simplement se servir de l'entre-couvercle normal de la colonie. On y dépose deux bardeaux de construction bien alignés avec les côtés et le devant de l'entre-couvercle. Le bout épais doit être à l'avant de la ruche. L'espace laissé libre entre les bardeaux fait office de trou de vol. C'est à ce stade qu'on introduit la nouvelle reine tout simplement en insérant sa cagette entre les barres du haut de deux cadres de couvain du nucléus. On remet en place l'entre-couvercle (s'il est disponible) et le couvercle sur la hausse du nucléus. Pas nécessaire de laisser une période d'orphelinage. Ça sauve un voyage supplémentaire au rucher et les résultats sont les mêmes. Dit simplement, vous vous retrouvez avec une ruche qui regroupe deux colonies l'une sur l'autre: en bas la colonie d'origine qui contient toujours sa vieille reine, en haut le nucléus avec la nouvelle reine en introduction. Laissez ça bien tranquille pour 9 à 15 jours. 2e étape : la visite de contrôle et la réunion des colonies Il importe de ne pas réaliser la deuxième étape de façon trop hâtive. Respectez le délai de 9 à 15 jours. Ouvrez le nucléus et vérifiez l'acceptation de la jeune reine. Si elle est acceptée, déplacez la hausse du nucléus. Enlevez ensuite la ou les hausses à miel. Prenez soin de disposer ces hausses de telle sorte que la jeune reine n'ai pas la possibilité de s'échapper de sa hausse. Cherchez et détruisez la vieille reine dans la hausse restée sur le plateau. Réunissez maintenant le nucléus à sa colonie d'origine: placez un papier journal perforé sur la chambre à couvain de la colonie principale; déposez-y la hausse du nucléus; placez une autre feuille de journal et puis finalement la hausse à miel ainsi que l'entre-couvercle et le couvercle. C'est terminé. Voilà votre colonie remérée. Pas la fin du monde s'il y a refus. Ce sera rare de toute façon. Le taux de refus sera certainement inférieur à 10%. En cas de refus, on peut alors tenter une seconde introduction. (Tout est déjà en place pour ça). On peut aussi laisser la vieille reine continuer son règne. On se reprendra l'année prochaine ! La vieille reine est toujours là en bas, et fonctionnelle. Contrairement à l'introduction directe, l'échec n'affecte en rien la colonie. C'est là la beauté de cette méthode d'introduction. Discussion sur la méthode Le meilleur temps Ma date préférée pour pratiquer cette méthode est la fin de juillet ou le début d'août, tout de suite après la récolte du miel de la première miellée. À ce moment il y a moins de lourdes hausses sur les ruches. Je peux aussi en profiter pour combiner l'opération avec d'autres petites tâches dans le rucher. J'en parle plus loin. Argument supplémentaire, c'est une date à laquelle les reines sont plus facilement disponibles et moins coûteuses. L'absence de stimulation naturelle n'empêche pas cette méthode de bien fonctionner. Le temps de travail requis On reproche souvent à cette méthode d'être laborieuse. Regardons-y de plus près. Trouver la vieille reine lors de la première étape est souvent ce qui prend du temps. Certains seront tentés de ne pas la chercher et de tout simplement scruter les rayons de couvain à monter. Attendez-vous qu'un certain nombre d'entre elles seront involontairement apportées dans le nucléus. Ce nombre variera selon le niveau d'habilité de chacun. J'ai vu ce pourcentage atteindre jusqu'à 30% dans le cas d'un apiculteur peu expérimenté et trop confiant! Comme alternative il est possible de constituer le nucléus d'introduction en secouant toutes les abeilles qui adhèrent aux cadres. Le nucléus est ensuite placé au-dessus de la ruche, mais sur un garde-reine plutôt que sur une planche de division. En quelques heures une population orpheline convenable s'est reconstituée par les jeunes abeilles qui ont traversé le garde-reine pour rejoindre le couvain. Le lendemain on peut remplacer le garde-reine par une division pleine et on introduit la reine. C'est la manière que je préfère. Si vous optez pour cette approche je vous conseille fortement de choisir pour le nuc d'introduction un cadre de couvain ouvert et un cadre operculé tout près de l'éclosion. La méthode devient encore plus intéressante quand on considère ce qui suit. La combinaison avec d'autres tâches Cette tournée de remérage peut être l'occasion de régler certains petits problèmes dans le rucher et même d'exécuter d'autres tâches. Cette tournée vous permet de déceler toute ruche qui n'est pas dans un état normal au moment stratégique de commencer les préparatifs de l'hiver. Vous en profitez bien sûr pour régler tous les problèmes que vous rencontrez. Hivernez-vous à une chambre à couvain ? Merveilleux alors : au moment de réunir la colonie du haut à celle du bas profitez-en pour ramener la hausse de la colonie d'introduction directement sur le plateau. L'ancienne première chambre à couvain ira au deuxième niveau, sur un garde-reine. Vingt-cinq jours plus tard il n'y restera aucun couvain. Il sera plus facile de la récolter comme hausse à miel en fin de saison. Votre matériel apicole vieillit? (Au même rythme que vous sûrement !) Profitez-en pour changer les mauvais plateaux et les mauvaises hausses. Cela s'intègre très bien à cette procédure. Est-il possible de faire des nucléi à la même occasion? Pourquoi pas? À condition que vous ne réalisiez pas le changement de reines trop tard et que vous exploitiez vos ruches dans une région suffisamment chaude. Un peu de planification avant de commencer le travail peut donc permettre de maximiser la rentabilité cette tournée de ruchers. Même si on y a mis quelques minutes par ruche, une fois l'opération terminée chaque colonie est dans les conditions idéales pour la saison de production suivante. Vous aurez moins de pertes au cours de l'hiver et du printemps et vos ruchers se développeront plus uniformément. Je constate chez moi qu'il n'est plus nécessaire d'égaliser mes colonies. Une économie de temps appréciable! Mises en garde Quelle est la force optimale pour ce nucléus d'introduction? Je constate que le taux de refus devient plus important quand la hausse contient 4, 5 ou 6 cadres de couvain et trop d'abeilles. Ça fonctionne bien avec deux ou trois cadres au maximum. Une autre mise en garde en ce qui concerne les provisions. Il faut bien s'assurer qu'elles sont suffisantes. La partie du haut est la plus critique à ce sujet à cause de la perte des butineuses qu'elle subit. Conclusion Cette méthode permet de renouveler les reines de votre rucher sans l'exposer aux risques et séquelles des méthodes conventionnelles de remérage. Une bonne planification de l'opération permet de minimiser le temps de travail requis. La dépense en temps de travail est compensée généreusement par les bénéfices qu'apporte un rucher de colonies dotées de jeunes reines, et ce tout au long de l'année. Des pertes moins nombreuses, un travail de rucher plus efficace et agréable à cause de la force plus homogène de vos colonies et finalement une productivité accrue de vos colonies et de votre rucher seront votre récompense. Je vous invite à me faire part de vos commentaires et suggestions suite à l'expérimentation de cette méthode d'introduction. -----------------------------------------------
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