Prévenir et contrôler la loque américaine sans médicaments

(révision avril 2000)

La loque américaine est une maladie sérieuse qui peut décimer une colonie d'abeilles en moins de deux ans. Elle est contagieuse et elle peut assez facilement se répandre à tout un rucher. En 1910 il y eut au Québec une épidémie qui causa la perte de plus de 20,000 colonies! Il y a environ un demi-siècle, on a constaté l'efficacité de certains antibiotiques pour contrôler Bacillus larvae, l'agent causatif. Depuis lors la pratique de traiter préventivement toutes les colonies d'un rucher s'est largement répandue en Amérique du Nord. À cause de sa grande simplicité, cette approche est très souvent adoptée comme principale sinon unique mesure de prévention et de contrôle de la loque américaine.

L'histoire du Québec apicole a été un peu différente de celle du reste de l'Amérique à cet égard. Après avoir donné sérieusement dans les antibiotiques au cours des années 40 à 70, les deux décennies suivantes ont vu émerger une tendance différente. La défunte division d'apiculture du ministère de l'agriculture préconisa plutôt la prévention, le dépistage et l'éradication. On détruisait alors les ruches malades en compensant financièrement les producteurs. On désinfectait aussi le matériel. La stérilisation du matériel apicole était accessible gratuitement à tous les apiculteurs sous deux formes. La réduction des services d'inspection des ruchers, la disparition des compensations pour destruction ainsi que la fin de la gratuité pour la désinfection incitent les apiculteurs québécois à adopter en grande majorité le modèle qui prévalait dans le reste du Canada et aux États-Unis.

Je possède un rucher relativement important où chaque année environ 1000 colonies sont hivernées. En matière de contrôle de la loque américaine nous nous démarquons du modèle nord-américain en ce que les antibiotiques ne constituent pas l'ingrédient de base de notre approche. Pour être plus précis, nous n'utilisons l'oxytétracycline que pour nos ruchettes de fécondation. Pour ce qui est des colonies destinées à la production du miel et des nucléi, notre stratégie sanitaire se résume aux trois principes suivants: prévenir, dépister précocement et intervenir judicieusement. Mon article portera essentiellement sur les deux premiers principes.

Pour écrire cet article, je ne pourrai mettre de côté mon expérience passée d'inspecteur de ruchers. Bien que lointaine, cette expérience m'a néanmoins enseigné des choses qui m'ont été utiles durant toute ma carrière d'apiculteur. Cet article ne sera pas un traité de pathologie. Vous n'y trouverez pas d'informations précises sur la manière d'identifier la loque américaine pas plus que sur la manière de transvaser ou de détruire une colonie positive. Il sera plutôt une collection d'observations et de conseils basés sur la pratique d'un apiculteur professionnel qui a adopté un mode de fonctionnement divergent par rapport à la norme nord-américaine. L'intérêt est de questionner notre attitude globale face au contrôle de la maladie ainsi que nos pratiques routinières, et ce à la lumière d'un nouveau contexte et de nouvelles informations. Voici à mon avis les principales raisons de questionner ces pratiques qui nous ont pourtant assez bien servi depuis plusieurs décennies:
  • Tout d'abord les antibiotiques ne sont désormais plus des remèdes infaillibles. Le spectre de la révolte des bactéries se mettant à développer de la résistance aux antibiotiques est toujours brandi. Le phénomène est bien observé et bien documenté chez l'humain. Comme exemple, les otites sont dorénavant très difficiles à traiter par les antibiotiques. Jusqu'à il y a à peine deux ans, Bacillus larvae, la bactérie responsable de la loque américaine, succombait toujours aussi facilement devant l'oxytétracycline. C'est alors qu'on se réjouissait de cette situation, qu'apparurent les premiers cas vérifiés de résistance à l'oxytétracycline, d'abord en Amérique du Sud, puis aux États-Unis. Le phénomène de résistance prend de l'ampleur.
  • Les consommateurs veulent des produits purs. L'usage de médicaments à l'intérieur de la ruche représente toujours un risque de contamination. L'arrivée de l'acariose et de la varroase font que de plus en plus de produits de traitement sont déversés dans les colonies. Peut-on en réduire le nombre?
  • Les antibiotiques ne détruisent pas les spores de l'organisme pathogène. Le traitement aux antibiotiques détruit les bacilles et empêche l'éclosion des spores qui sont dans la ruche. Même si les abeilles peuvent éliminer avec le temps une bonne partie de ces spores, il est difficile de dire si des colonies ou du matériel recèlent encore des niveaux de spores dangereux lorsque des traitements aux antibiotiques sont routiniers.
  • Toute médication aux colonies représente des coûts pour l'achat des substances et leur administration.
  • Les abeilles ont, génétiquement, une capacité variable à faire face à une infection par Bacillus larvae et à la surmonter éventuellement. L'usage routinier des antibiotiques a pour effet à long terme d'affaiblir la résistance naturelle des abeilles en permettant aux colonies ayant de mauvais comportements hygiéniques de survivre et de se multiplier.
L'exploration d'une approche "sans médicaments" pour le contrôle de la loque américaine rejoint la philosophie du développement durable, philosophie qui devra de plus en plus trouver sa place dans notre société si on veut que les générations futures puissent continuer à exploiter les ressources naturelles pour leur subsistance. Ça mérite qu'on s'y penche.

Donc cet article sera structuré à partir des trois principes qui sous-tendent notre gestion sanitaire, principes que je répète:

prévenir, dépister précocement et intervenir judicieusement

Prévenir
Avant d'aller plus loin, je voudrais dissiper certaines croyances erronées. D'abord, celle que la loque américaine représente un danger insidieux et incontrôlable, presque une fatalité. Certains pensent que la moindre spore introduite dans une ruche va déclencher la maladie. Ça n'est pas le cas. Il faut plusieurs millions de spores pour que la maladie éclose. On croit parfois aussi que la loque peut surgir brutalement et rapidement dans l'ensemble des colonies d'un rucher avant que l'apiculteur n'ait le temps de réagir. Ce n'est pas le cas non plus lorsque les mesures adéquates de prévention et de contrôle sont adoptées. (Ceci pourrait toutefois se voir dans le cas où on arrêterait subitement de traiter aux antibiotiques des colonies logées sur du matériel et des provisions contenant un haut taux de spores.) Lorsque l'on comprend ces faits, la mot prévention peut alors prendre un sens.

On sait que les spores de la loque américaine se trouvent principalement dans le miel emmagasiné dans la ruche et dans les alvéoles des rayons des chambres à couvain. Les principales mesures préventives vont donc concerner d'abord ces éléments. D'abord, un mot sur un pré-requis important:
  • Se tenir informé, bien comprendre et bien évaluer sa situation
    La première mesure préventive est d'abord une attitude sans laquelle rien n'est possible. L'information est incontestablement une clé. L'adoption de mesures préventives efficaces présuppose que l'on connaisse bien l'ennemi à combattre et ses modes de dissémination. La connaissance et l'information nous permettent de cibler les points critiques dans le processus de contamination et d'élaborer une stratégie de prévention qui concentre justement les efforts sur ces points. La situation de chacun est particulière (environnement et voisinage, historique sanitaire, taille du rucher, etc.) et il est difficile de dessiner un modèle universel. On doit donc bien évaluer et pondérer les facteurs de risques selon notre situation propre.
    Pour le reste, voici les principaux ingrédients de notre propre approche préventive:
  • Éviter le plus possible le pillage du miel
    Le miel est le principal vecteur de spores. Ceci justifie donc de ne pas pratiquer le léchage des rayons par les abeilles ni d'autoriser le pillage de miel sous d'autres formes. Il est impossible qu'il ne se produise aucun pillage dans certaines circonstances comme la récolte du miel en fin de saison, mais il faut faire en sorte de réduire au minimum ce pillage accidentel. Nous opérons avec garde-reines et nous utilisons le chasse-abeilles pour la récolte du miel. Cette façon de faire permet de minimiser la durée de l'intervention dans le rucher lors de la cueillette des hausses de miel, et donc le pillage. Le prévention du pillage n'est pas notre unique motivation pour utiliser le chasse-abeilles. Nous verrons plus loin. En passant, avant de quitter le rucher, faire une inspection des hausses placées sur les chasse-abeilles pour déceler des interstices ou trous par où le les pilleuses pourraient s'infiltrer.
  • User d'une grande prudence face au nourrissage au miel
    Nous bannissons le nourrissage au miel sauf pour quelques cas particuliers. Nous laissons le miel contenu dans la deuxième chambre à couvain de toutes nos colonies hivernant à l'extérieur. Il ne s'agit donc pas à proprement parler d'un nourrissage au miel puisque c'est le miel de la colonie même qui est laissé. Nous donnons parfois un rayon de provisions d'une ruche lourde à une trop légère. Cette pratique est très restreinte car nous prenons soin de nourrir généreusement l'ensemble de nos colonies pour prévenir cette situation. Toutefois, au printemps, nous donnons à nos abeilles un supplément de pollen contenant environ 20% de pollen naturel congelé récolté sur nos propres ruches la saison précédente. Ceci n'a en apparence jamais provoqué de contamination.
  • Ne pas introduire de rayons bâtis provenant de l'extérieur
    Nous n'achetons jamais de rayons bâtis en provenance de l'extérieur. Les rayons étirés constituent en importance le deuxième vecteur de spores. Les rayons dans lesquels il y a eu élevage de couvain sont potentiellement plus contaminés. Les rayons noirs ou foncés sont les plus à risque.
  • Ne pas égaliser les colonies
    Nous n'égalisons pas nos colonies. Ceci permet de réduire l'échange de rayons entre les ruches et diminue donc les risque de propagation. Notre principale raison de ne pas égaliser est cependant que nous n'avons pas vraiment besoin de le faire. Nos colonies ont un développement suffisamment égal. Nous voulons aussi pouvoir juger la valeur individuelle de chacune. De plus l'égalisation est une mesure très laborieuse et inefficace à moyen terme. La cause la plus fréquente d'une inégalité marquée des colonies est une carence au niveau du remérage ou encore l'utilisation de reines de piètre qualité. Nous trouvons plus logique, plus efficace et plus rentable de corriger le problème à sa source que d'appliquer un cataplasme à répétition. Si la source de l'inégalité du développement d'un rucher était un problème naissant de loque américaine, alors l'égalisation deviendrait tout simplement une catastrophe.
  • Pratiquer le renouvellement fréquent des rayons des chambres à couvain
    Nous ne laissons pas les rayons des chambres à couvain devenir trop âgés. Les rayons noirs à travers desquels on ne peut pas voir la lumière sont incrustés d'organismes pathogènes. Les remplacer diminue le risque d'infection.
  • Sélectionner génétiquement en fonction d'un comportement hygiénique
    On sait aussi que les colonies ont une certaine capacité naturelle à surmonter une infection de loque américaine. Cette capacité varie génétiquement. Elle dépend de l'aptitude plus ou moins bonne des colonies à déceler les larves ou nymphes mortes et à les évacuer. Les abeilles ont cette capacité de détection même pour des larves operculées. En 1995, nous avons commencé à tenir compte de cette caractéristique dans notre programme de sélection génétique. On peut tester la performance des colonies sous ce rapport en tuant volontairement les larves d'une zone déterminée de couvain et en mesurant le temps que les abeilles mettent à évacuer les larves mortes. La tolérance moyenne à la loque augmente progressivement avec la succession des générations reines sélectionnées, constituant ainsi une des meilleures mesures de prévention à long terme. Le renforcement de la résistance naturelle va de plus en plus faciliter le contrôle de la maladie. En bonus, cette caractéristique aidera les colonies à abaisser le niveau d'infestation par la varroase.
  • Maintenir les colonies en bonne condition et les garder dans de bons environnements
    La capacité des colonies à s'auto-nettoyer peut varier beaucoup aussi selon leur condition et selon l'environnement dans lequel elles évoluent. Globalement, une bonne gestion de rucher devient donc un facteur important de prévention. Des colonies trop faibles, souffrant de carences alimentaires ou évoluant dans des environnements peu propices à l'apiculture sont de bonnes candidates pour devenir infectées par la loque américaine. Récemment on a mis en évidence que les colonies sérieusement affectées par la varroase devenaient plus vulnérables aux loques. Nous prenons donc soin d'éviter les territoire peu productifs et ceux où les colonies ont un développement difficile. Nous nous efforçons aussi d'avoir une bonne gestion de nos ruches. Une bonne gestion de rucher implique toutes les opérations: l'alimentation, le remérage, l'hivernage, et touche même des aspects aussi variés que la manière de faire les nucléi ou de transporter les ruches.
  • Pratiquer la désinfection préventive du matériel
    Depuis quelques années nous avons commencé à traiter tout notre matériel de bois avec de la paraffine chaude. Ce traitement est avantageux en ce qu'il cumule deux fins: il remplace la peinture comme protection du bois et il désinfecte à la même occasion. Nous traitons les hausses, les plateaux, les entre-couvercles, les garde-reines et les ruchettes. Les garde-reines sont ainsi désinfectés à chaque année. Je ne crois pas que cette désinfection soit, dans notre cas, une des plus importantes mesures de prévention parmi celles que nous utilisons car nous obtenions déjà de très bons résultats avant d'y recourir. Cette désinfection prendrait toute son importance dans le contexte où il faudrait assainir un rucher.
Déceler précocement
Les vrais problèmes surviennent lorsque la loque américaine fait son apparition dans une ou quelques colonies et qu'elle n'est pas décelée de façon hâtive. Du miel est alors extrait de ces ruches et les rayons sont redistribués à d'autres colonies. Parfois des rayons sont prélevés pour être introduits dans d'autres colonies ou dans des nucléi. C'est comme ça qu'un petit problème devient un gros problème. Ne rêvons pas en couleur, tout rucher d'importance, malgré la meilleure prévention, est exposé à recevoir une contamination de l'extérieur. Déceler précocement devient donc tout aussi important que d'adopter de bonnes mesures de prévention. Pour déceler précocement il faut tout d'abord savoir reconnaître la loque américaine. Il faut ensuite avoir une gestion de ruches qui permette cette détection hâtive. Il n'est cependant pas nécessaire de tout bouleverser pour y arriver. Tous les apiculteurs peuvent intégrer cette approche sans apporter de changements majeurs à leur fonctionnement. Encore une fois, les changements à apporter sont plus dans l'attitude.
  • Savoir reconnaître la loque américaine
    C'est essentiel de savoir reconnaître sur le champ et sans hésitation la loque américaine, même à partir d'une seule cellule suspecte. Si on ne le sait pas, il faut se renseigner et il faut se le faire enseigner. Cette obligation vaut pour toutes les personnes qui travaillent aux ruches dans une exploitation apicole. Habituez-vous à reconnaître l'odeur de la loque. On peut en arriver à utiliser l'odeur comme indice pour cibler l'inspection d'une colonie d'un rucher. La formation des employés est importante. Développer l'habileté à reconnaître la loque semble très facile pour certaines personnes mais très difficile pour d'autres. Évaluez vos employés ou vos aides sur ce point.
  • L'inspection ponctuelle systématique et ses limites On ne peut pas être contre l'inspection systématique des colonies comme moyen de dépistage. Cependant cette formule a ses limites. L'inspection systématique est généralement pratiquée une fois au printemps alors que les colonies sont peu populeuses. Le problème est que la maladie n'éclôt souvent que plus tard en saison. On trouve rarement quoique ce soit lors d'une inspection de mai, sauf dans les cas de ruchers assez sérieusement contaminés. Par contre, plus tard en saison, la taille des colonies et la présence des hausses à miel font que l'inspection devient une tâche beaucoup plus lourde qui peut même être impraticable dans le contexte d'un rucher qui comporte plusieurs centaines de colonies. Je ne déconseille pas l'inspection systématique, à ceux qui veulent la faire, mais attention! Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de symptômes dans des colonies en mai que ces mêmes colonies ne deviendront pas positives en août! Mon expérience m'a enseigné qu'il est préférable de penser en termes d'inspection permanente et d'inspection ciblée. Voici ce que je veux dire:
  • L'inspection permanente et ciblée
    À mon avis l'inspection doit être permanente. Lorsqu'on a appris à identifier la loque, il faut développer un état d'éveil permanent. Cet état ne peut se retrouver que chez des personnes qui ont une bonne motivation face au travail des ruches. En fait il ne se retrouve que chez les vrais apiculteurs. Toute intervention dans une ruche où des rayons de couvain sont manipulés devient donc une occasion de jeter un œil sans pour autant trop ralentir son travail. On est bien sûr éveillé par toute situation anormale: colonie faible, couvain peu compact, odeur désagréable. C'est simple, il ne faut pas travailler les yeux fermés. On augmente le niveau d'attention dans les ruchers situés dans des secteurs à risque ou encore dans un rucher ou une colonie a été trouvée loqueuse. Il y a d'autres situations où la probabilité de maladie est nettement plus élevée. C'est là qu'il faut porter une attention particulière. En particulier, je pense aux cas suivants:

    ° colonies mortes ou faibles au sortir de l'hivernage
    ° nouvelles colonies qui se développent moins rapidement que les autres
    ° colonies qui produisent moins que les autres
    ° colonies qui prennent mal leur sirop

    Il y a une autre manière tout aussi importante de cibler l'inspection. On sait que la propagation de la maladie se fait beaucoup par la dissémination de cadres ou d'autres parties de ruches contaminés. Il est donc important d'identifier les points critiques dans la gestion du rucher où du matériel est soustrait à des ruches pour se retrouver éventuellement plus tard dans d'autres. Chez nous, nous avons identifié trois de ces points critiques:

    ° les visites de contrôle en cours de printemps
    ° la préparation des nucléi
    ° la récolte du miel

    Reprenons ces points un à un. On trouve souvent des colonies mortes ou très faibles lors des premières visites du printemps. Les ruches des colonies mortes sont alors ramenées à l'entrepôt. Les faibles sont soient secouées, soit réunies. Il importe de vérifier sur le champ la cause de la mort ou de la faiblesse. Si la loque américaine était la cause, le matériel sera intercepté pour être désinfecté et ne sera pas remis en circulation. On évitera aussi ainsi de réunir des colonies malades à des colonies saines. Ça paraît évident mais...

    La préparation des nucléi est aussi un moment clé. À cette occasion on manipule plusieurs rayons de couvain de la colonie. Autant s'assurer systématiquement que le nucléus ne perpétuera pas un problème de loque existant dans la colonie mère.

    Enfin le moment de la récolte est un bon moment pour repérer des colonies affectées par la loque. Toute colonie qui produit beaucoup moins que les autres est suspecte. On doit l'examiner au moins sommairement. On peut alors empêcher la dissémination de cadres extraits de colonies positives dans l'ensemble du rucher. J'aime bien utiliser le chasse-abeilles pour récolter parce qu'il me permet de soupeser la récolte avant d'enlever définitivement les hausses à miel. Il est alors facile d'inspecter une colonie suspecte avant de replacer les hausses sur le chasse-abeilles.

    En procédant de cette façon le travail d'inspection n'est pas trop lourd parce qu'il est intégré à l'ensemble des travaux du ruchers mais il devient néanmoins super efficace parce qu'il est ciblé et qu'il est exécuté à des moments stratégiques.
Intervenir judicieusement
Ce point est aussi très important si on ne veut pas saborder tous les efforts faits du côté de la prévention et du dépistage. Intervenir judicieusement veut dire qu'il faut empêcher tout débordement d'une éventuelle contamination. Des mesures vont concerner les abeilles, d'autres vont concerner la désinfection du matériel. Plusieurs options sont possibles mais on dépasse ici l'optique de cet article. Sur le point de la désinfection, je voudrais simplement dire que le traitement à la paraffine peut constituer une solution avantageuse en ce qu'il permet à l'apiculteur professionnel de faire lui-même sa désinfection.

Sera-t-il nécessaire d'utiliser des antibiotiques si on a trouvé des colonies positives? Mon expérience me dit que non si le nombre de cas est limité. En des situations différentes, les recommandations peuvent varier beaucoup selon les circonstances. Consultez au besoin. L'important est toujours d'intervenir judicieusement.

Conclusion
En conclusion il est possible de garder un rucher commercial exempt de loque américaine sans faire usage d'antibiotiques sur une base routinière. Ceci est possible même dans un contexte où il existe des points de contact avec des ruchers voisins susceptibles de constituer une source d'infection. C'est une situation que nous vivons. Tout réside dans une prévention adaptée et dans un dépistage précoce. Avec la prévention il ne pourra alors survenir que de rares cas de contamination. Ces cas seront rapidement identifiés et circonscrits par des procédures de dépistage adéquates. Pour des ruchers commerciaux, le secret du succès réside dans un état d'éveil permanent à la problématique de la loque, dans une main d'œuvre bien formée ainsi que dans une bonne planification du dépistage.

Il est important de comprendre que les mesures de prévention et les éléments de la stratégie de dépistage constituent un tout logique et cohérent qui doit résulter d'une bonne connaissance de la maladie et d'une compréhension réelle de la situation particulière du rucher.

En terminant, j'aimerais conseiller la prudence à ceux qui désireraient abandonner l'usage routinier des antibiotiques. Il serait sage de procéder avant toute chose à un rajeunissement des rayons des chambres à couvain, si la situation le justifie, afin de diminuer la charge microbienne. Il serait aussi prudent de cesser les traitements sur une partie du rucher d'abord, partie petite mais significative. Ceci permettrait de s'assurer que l'éventuelle présence de spores dans le matériel ne fera alors pas éclater une contamination latente dans la totalité du rucher.